Le moulin de Courtelevant alimenté par la Vendeline, est situé dans le bassin de l’Allaine.

Son origine n’a pu être établie avec certitude en raison de la rareté des documents anciens, mais quelle que soit la date de sa construction il semble avoir toujours été la propriété des seigneurs de Florimont. La première mention d’un meunier à Courtelevant remonte à 1688. La possession de la maison d’Autriche la seigneurie de Florimont s’étend sur 6 villages : Florimont, Chavanatte, Courcelles, Courtelevant, Lepuix et Normanvillars.

Les comtes de Fugger, propriétaires de cette terre, la cèdent le 29 août 1672 à Louis XIV. Elle est revendue le jour même à Gaspard Barbaud et en 1785 elle devient propriété du comte Xavier de Ferrette de Florimont.

De 1680 à 1790 de nombreux meuniers se succèdent au moulin de Courtelevant. Les baux passés entre eux et le seigneur ne sont pas de longue durée, en général neuf ou douze ans, et quelquefois des sous-baux sont conclus en cas de décès du titulaire du bail ou de changement d’activité. Les conditions d’exploitation sont difficiles et le loyer est réparti en trois catégories : une redevance en grain et en farine, une en argent et une en bétail.

Déclaré bien national pendant la Révolution, le moulin est vendu aux enchères en 1805 à Jean-Pierre Marion (il appartient encore actuellement à ses descendants).

 

Le moulin et la famille Marion

Jean-Pierre Marion est veuf, son épouse Marie Maillard (de Courtelevant) est décédée en 1804 lui laissant un fils prénommé Henri. En 1808 il se remarie avec Marianne Charbonnier (de Joncherey) qui lui donne six autres enfants dont deux fils : Joseph et François. C’est Joseph qui est formé à la meunerie par son père. En 1836, agé de 27 ans, il épouse sa cousine Marie fille du meunier de Réchésy Henry Marion (frère de Jean-Pierre), et ses parents lui font don du moulin. Dès 1840 il entreprend des transformations importantes augmentant la capacité de production.

L’abolition de la banalité lors de la révolution permet aux meuniers d’avoir d’autres modes d’exploitation : ils peuvent désormais librement acheter des grains et revendre de la farine. La vente aux particuliers continue mais les principaux clients sont les boulangers du sud Territoire, Beaucourt, Porrentruy (Suisse) et Belfort.

Le revenu tiré du moulin est important, en 1851 sept domestiques sont employés au moulin.

 

1855 : Construction d’un nouveau moulin

Cette réussite spectaculaire faillit être brisée en janvier 1855 : un incendie ravage presque entièrement le moulin. Dès le mois de février une installation provisoire est mise en place et la construction du moulin actuel est commencée. Les travaux durent près d’un an et l’ancien moulin est transformé en maison d’habitation. Une roue hydraulique d’environ 5 mètres de diamètre est mise en place ainsi que les procédés les plus modernes de l’époque afin de produire une farine de très bonne qualité.

Vers 1872 un batiment à colombages est ajouté dans lequel est installé une meule pour l’alimentation du bétail ainsi que des machines à nettoyer et trier le blé. En 1876 au décès de Joseph Marion son fils ainé Alphonse reste à la tête du moulin. Il meurt en 1877 sans héritier et c’est Henri-François Marion son cousin germain et beau-frère (il a épousé Adèle la fille de Joseph et soeur d’Alphonse) qui reprend le moulin.

 

Le déclin et l’arrêt du moulin

A partir de 1870 l’implantation de grandes minoteries aux coûts de production moindres et l’amélioration des transports permettant de livrer facilement et à bas prix grains et farine dans tout le pays font diminuer les bénéfices du meunier. La production du moulin chute fortement jusqu’en 1882 pour disparaitre ou presque. L’activité reste peu soutenue et en 1905 Henry-Joseph (fils de Henri et Adèle) abandonne totalement la meunerie et installe une laiterie dans le sous sol de la maison d’habitation sur l’emplacement du premier moulin. Le moulin de 1855 est resté inviolé jusqu’à ces dernières années et si l’on excepte les dégâts dus au temps l’ensemble fut conservé dans un état exceptionnel.

 

Un musée

En 1987 Odette Dupuis, petite fille du dernier meunier entreprend des démarches de sensibilisation à l’intérêt offert par ce bâtiment et son mécanisme, et organise une journée « portes ouvertes » qui rencontre un grand succès.

Une association intitulée « Les Amis du Moulin de Courtelevant » est créée en 1988 ayant pour buts la sauvegarde, la restauration et l’animation du moulin. Des actions sont immédiatement menées pour que les visites s’effectuent dans de bonnes conditions : nettoyage du bâtiment et travaux de mise en conformité afin d’assurer la sécurité des visiteurs. Après d’importantes rénovations effectuées grâce à la ténacité d’une poignée de bénévoles et au soutien des pouvoirs publics, le 16 mai 2002, presque un siècle après la dernière mouture, sous le regard ému des bénévoles et des descendants du dernier meunier, le rêve devient réalité : enfin de la farine au moulin.